La compétence est-elle source de savoir ?
« Va à l’école, sans logis ! Devient maître, oh miséreux. Et toi, qui manques de pain, apprends, dévore les livres. Les livres ce sont des armes. Tu dois devenir celui qui dirige » Bertolt Brecht, par ses mots, introduit ce nouvel article abordant une nouvelle approche du système pédagogique conseillé par l’OCDE.

L’éducation, un des piliers central sur lequel repose notre société. Au cours de cet article, la Gazette vous décrypte le discours de Nico Hirtt, professeur et essayiste Belge, lors d’une conférence tenue le 31 mai 2017 sur la jeunesse et l’école.

La vision de l’école et de son éducation, par Ferry, Condorcet, Thiers ou La Peletier, visant à être le moyen de s’émanciper individuellement, de préparer une révolution ou de préserver la République, a beaucoup évolué depuis le 18ème et 19ème siècle. Elle connait notamment un tournant au 20ème siècle avec l’arrivée des technologies et de la massification de leurs usages. Avec cet essor des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC), les entreprises cherchent de la main d’œuvre qualifiée. Le système éducatif est alors pris dans la tenaille et doit désormais se focaliser à préparer les élèves à l’entrée sur le marché du travail. A contrario, il délaisse les domaines qui permettent aux élèves de s’acclimater à la vie en société, de s’ouvrir l’esprit, de pratiquer des activités culturelles et sportives, etc. Au moment de la mondialisation, les idées des hommes politiques du 18-19ème sont reléguées au second rang pour laisser place aux nouveaux penseurs de l’école : l’Organisation de Coordination et Développement Economiques, le Fond Monétaire International, la Commission Européenne et les industriels. Ce sont eux, qui aujourd’hui, dictent les grandes lignes du système éducatif.

La structure du marché du travail en Europe amène l’OCDE à mettre en place une stratégie de développement des compétences plutôt que celle des connaissances. En effet, cette organisation internationale constate que de plus en plus de travailleurs qualifiés occupent des emplois de moins en moins qualifié. « Tous n’embrasseront pas une carrière dans le dynamique secteur de la « nouvelle économie ». En fait, la plupart ne le feront pas, de sorte que les programmes scolaires ne peuvent être conçus comme si tous devaient aller loin. » Selon l’OCDE, Il faut donc établir des programmes scolaires adaptés à l’évolution du marché du travail favorisant des individus qualifiés et d’autres non. De plus, depuis 15 ans, selon les enquêtes PISA, on observe que, dans pratiquement tous les pays, le fossé entre les performances scolaires des 25% d’élèves appartenant aux familles les plus riches, par rapport aux performances scolaires des 25% des élèves appartenant aux familles les plus pauvres, se creusent. Pour Nico Hirtt, « Ces croissances des inégalités à l’école n’est pas le signe d’un dysfonctionnement du système scolaire mais une parfaite adéquation de l’école avec l’environnement économique dans lequel il opère ».

Cette polarisation du marché du travail semble amener à un recul de l’enseignement des connaissances. « Cela ne sert à rien d’amener trop loin des personnes qui occupent des postes à faible niveau de qualification. » souligne Nico Hirtt. De plus, l’OCDE répond à cette évolution du monde où de plus en plus de pays s’orientent vers le développement des compétences. « C’est parce que les employeurs ont reconnu en elles des facteurs clés de dynamisme et de flexibilité ».

L’approche pédagogique de la compétence se met alors progressivement en place dans les pays occidentaux. Elle est la capacité qu’a un élève à aller chercher les savoirs et de les mobiliser face à une tache rencontrée. La compétence ne s’identifie donc plus au savoir. Cette nouvelle pédagogie incitée par l’OCDE n’oblige plus l’enseignant à transmettre des connaissances mais plutôt à former l’élève au sens critique, d’analyse, de synthèse, de méthodes, pour qu’il puisse lui-même aller librement s’informer sur ce qui l’intéresse.

Après une enquête menée sur les étudiants belges du secondaire, on remarque que 40% d’entre eux ignorent que le Congo était une ancienne colonie Belge, que 70% confondent l’effet de serre et la couche d’ozone et enfin, que la grande majorité de ces élèves pensent que l’origine de la migration des Afro-américains aux Etats-Unis est due non pas à l’esclavage mais au besoin que ces derniers avaient de trouver une vie meilleure.          Toutes ces ignorances, conséquences de cette nouvelle pédagogie, remettent en doute la réelle capacité à comprendre notre monde et à faire des choix démocratiques réfléchis. On ne peut avoir une société démocratique si on ne partage pas un minimum de connaissances communes. Tous les citoyens doivent être en capacité de comprendre les débats de société. Le risque étant que notre société produise des individus flexibles et adaptables au changement mais n’ayant aucune résistance intellectuelle pour les remettre en cause. L’éducation doit alors jouer un rôle essentiel dans l’accès, en priorité à des connaissances, puis à des compétences, permettant de comprendre le monde dans toutes ses dimensions et ainsi pouvoir mieux l’appréhender. Cultivons-nous pour ne pas devenir cultivable !

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