D’après la revue Harvard Business Review, la génération Y (ou millenials) regroupe l’ensemble des personnes nées entre 1984 et 1996. C’est la naissance de la première génération mondiale, multiculturelle, influencée par le digital. Les millenials ont le savoir à porter de pouces ou de clics. Ils n’habitent plus le même espace que leurs pairs car le numérique a transformé l’environnement dans lequel ils évoluent. Ultra connectés, ils présentent des traits de ressemblance entre eux partout dans le monde mais rentrent en opposition avec leurs aïeux. D’ailleurs, l’intervention d’Emmanuelle Duez, fondatrice de The Boson Project et WoMen’Up, lors du Positive Economy Forum de 2015, soulignait ce phénomène : « Aujourd’hui entre un jeune sud-africain, un jeune américain et un jeune français de 25 ans, il y a plus de points communs, qu’un jeune français de 25 ans et un baby boomer français de 55 ans ».
Cette génération cherche sa place. Elle a une conception de la vie et du travail totalement différentes du monde d’avant. Elle rêve d’épanouissement de soi, de sensé et de sensations, de liberté de choisir et de juger ce qui est bien ou non pour elle, ou encore, de réalisation personnelle en s’ouvrant sur le champ des possibles que la vie peut offrir avant même de penser à fonder une famille. De plus, cette génération s’affirme. En entreprise, ses rapports à l’autorité, à la hiérarchie, ont complètement changé. Elle place le pourquoi avant le comment, la flexibilité avant la sécurité, l’exemplarité avant le statutaire et l’ambition de s’accomplir avant celle de réussir.
Une nouvelle approche du monde du travail qui devient conflictuelle avec la génération qui la subordonne. D’un côté, « le sujet y » fait des étincelles. De l’autre, il se cogne la tête à des modèles de leadership, organisationnels qu’il ne comprend pas, qu’il ne reconnait pas, ce qui le pousse à se mettre en veille. Cette jeune génération est ainsi sujette à un turn over en hausse, à un désengagement envers son poste quand elle est confrontée à l’impossibilité de pouvoir partir et à une compétition de job out une fois le premier CDI signé, et ce, malgré une situation économique compliquée.
Face à eux, les autres, des parents, des salariés ou employeurs plus âgés, pour qui il est difficile d’assumer que de jeunes employés arrivent avec plus de compétences. Pour qui, les idées de sacrifice et de redevabilité envers celui qui nous offre un job sont la norme, et qui, ne comprennent généralement pas, ces réactions d’enfants pourries gâtées, fuyant le marché de l’emploi et voulant absolument des métiers rêvés. Quoi qu’il en soit, le regard des Y sur le monde du travail est réellement différent. Ils ne veulent plus vivre pour les RTT, les week-ends, les vacances ou la retraite. Gagner sa vie, ce n’est plus perdre son temps avec un travail non désiré. Aussi, la précarité des contrats proposés, la surqualification et la multiplication des jobs ont créé une génération de rejetés, qui dès à présent, réfléchit davantage à son indépendance et à l’auto-entreprenariat.
Cependant, ce conflit intergénérationnel ne s’arrête pas à l’univers micro économique de l’entreprise. Cette génération post-moderne est à l’aube d’une ère censée amener de nouveaux modèles. Michel Serres, philosophe et historien des sciences, plante le décor d’une 3ème révolution anthropologique amenée par le numérique : les Y accompagnés de leurs successeurs, les Z, veulent réinventer ce monde balbutiant. L’urgence du climat, les inégalités croissantes, les crises économiques et maintenant sanitaires ont forgé le caractère de générations qui se veulent de plus en plus engagées et résilientes. Ainsi, des insurrections populaires pouvant être qualifiées de révolutionnaires, fortement suivis et portés par de jeunes réfractaires au système se sont accélérées à travers le monde depuis la crise des subprimes. Les printemps arabes à partir de Tunis et du Caire ; les indignés en Europe du Sud, les occupy à Londres et New York, les étudiants chiliens, le parc Taksim à Istanbul, les carrés rouges au Québec, les parapluies à Hong Kong, les « gens ordinaires » à New Delhi… , et aujourd’hui, dans le contexte actuel de pandémie, des soulèvements se sont multipliés un peu partout en Europe occidentale, en Amérique Latine, au Liban, en Birmanie, en Inde, aux Etats-Unis, au Sénégal… Cette intensification des manifestations marque un mécontentement et une envie profonde de changement. Les pouvoirs en place restent solides mais vont-ils tenir encore longtemps face à la colère grandissante de nouvelles générations qui cherchent à se faire entendre ? Dans ce monde en pleine mutation la révolution est en marche !
