Ukraine : Un front ouvert contre l’Europe occidentale
Depuis le 24 février 2022 l'occident fait face à une guerre d'invasion dans un pays qui n'arrive plus à jouer son rôle d'état tampon. Un conflit armé soutenu par une guerre énergétique aux conséquences économiques et sociales qui risquent très vite d'être désastreuses pour les pays d’Europe occidentale.

Depuis le 24 février 2022 l’occident fait face à une guerre d’invasion dans un pays qui n’arrive plus à jouer son rôle d’état tampon. Un conflit armé soutenu par une guerre énergétique aux conséquences économiques et sociales qui risquent très vite d’être désastreuses pour les pays d’Europe occidentale. Un stratagème savamment orchestré par un appareil médiatique de propagande russe en recherche d’influence au sein de pays développés où l’instabilité sociale règne. 

Au sein de l’Union Européenne (UE), tous redoutent que cette crise historique de l’énergie ne se transforme en une catastrophe économique et sociale. En un an, le prix du gaz a été multiplié par dix, celui de l’électricité par vingt, tandis que les cours du pétrole ont quasiment doublé. Les prévisions de croissance pour la zone euro pour 2022 ont été revues à la baisse par le FMI et la Commission Européenne : passant à la mi-avril de 3,9% à 2,8 %. Pour cause, en plus de cette crise énergétique sans précédent, la politique monétaire mise en place durant la crise sanitaire a créé une inflation record, (taux d’inflation annuel autour des + 10 % dans la zone euro selon les chiffres de septembre d’Eurostat) ralentissant de facto toute l’activité économique de la zone euro. Une situation d’autant plus préoccupante que venait s’ajouter d’avril à mai, un confinement de la région de Shanghai stoppant le dynamisme de la capitale économique et financière chinoise. Ce fut un arrêt net des chaînes de production non sans conséquences pour les marchés européens.

Mise à mal par le contexte sanitaire et l’offensive énergétique menée par Moscou, L’UE tente tout de même de riposter. Le 20 juillet 2022, la Commission européenne a présenté un projet de réduction de la consommation de gaz de 15% entre août 2022 et mars 2023 pour les États membres, afin de limiter l’accès au gaz en provenance de Russie. L’UE a aussi fait le choix d’un embargo progressif sur les énergies russes et devrait mettre fin à 90% des importations en pétrole du pays. Des privations à double tranchant car sans véritable alternative au principal fournisseur russe et des capacités de production à disposition insuffisante, l’Europe s’expose à des pénuries. À l’image de l’exclusion des banques russes du système d’échange interbancaire Swift visant à assécher l’économie locale, force est de constater que l’ensemble de ces mesures coercitives sont un échec, elles n’ont jusqu’à présent aucunement réussie à tarir la source énergético-financière émanant de Russie.

En effet, selon un rapport du CREA (Center for Research on Clean Air) publié le 6 septembre, avec la hausse mondiale des cours de l’énergie et des sanctions européennes encore précoces, la Russie voit son économie pour le moment peu impactée. Le temps de mettre ses menaces à exécution, L’UE est restée jusqu’à fin août le principal importateur de produits fossiles en provenance d’Europe de l’Est, prenant part majoritairement aux 158 milliards d’euros engrangés par le trésor de guerre russe depuis l’ouverture du conflit en Ukraine. Des revenus tirés de la vente de pétrole, de charbon et de gaz continuant malgré tout de transiter via les émergents et de peser à plus de 40% dans le budget fédéral de la Russie. Si certains pays ont réussi à faire des efforts importants pour réduire leurs importations (Pologne, Finlande, Pays baltes) d’autres ont au contraire augmentés leurs achats : Chine, Inde, Émirats-Arabes-Unis et même la France qui est devenu le plus gros acheteur de GNL russe dans le monde.

La tendance est bonne pour Vladimir Poutine et le chef du Kremlin compte surfer sur le conflit ukrainien pour semer le trouble en Europe. Avec l’annonce de la suppression le 3 septembre des approvisionnements par le gazoduc nord stream 1 c’est tous les pays d’Europe du Nord qui se trouvent directement impactés par les représailles russes. En ligne de mire l’Allemagne, dépendante à 55% de ses importations du gaz en provenance de Russie et qui s’est vu, dès le début du conflit obligé de relancer ses centrales à charbon, se prépare à présent à devoir rationner le gaz dès cet hiver. Au Royaume-Uni, la déflagration sociale se fait sentir depuis que le régulateur du secteur OFGEM a décidé de réhausser le plafond tarifaire de 80% à partir d’Octobre. Une décision fortement décriée outre-manche donnant naissance au mouvement « don’t pay UK », demandant à un million de britanniques de s’engager à cesser le paiement de leurs factures d’électricités et de gaz. En France, le blocage des raffineries annonce les prémices d’un « boom social » à venir, surtout dans un contexte où le gouvernement français semble confirmé sa politique de pillage des classes populaires et de médiocrisation de l’état.

Affaiblir la zone Euro en provoquant un effondrement économique soutenu par le manque d’accès à une énergie bon marché, pourrait permettre à Poutine d’entretenir l’instabilité sociale, terreau fertile à la désinformation et à la récupération de communautés partisanes à la politique du Kremlin. La machine d’influence russe est bien rodée sur ce sujet, elle a d’ailleurs à maintes reprises tenter de déstabiliser les démocraties occidentales lors des campagnes électorales de Trump, au moment du Brexit ou encore des élections présidentielles allemandes et françaises. Selon le reportage de Paul Moreira « guerre de l’info : au cœur de la machine russe » et l’article de l’INA « « Usines à trolls » russes : de l’association patriotique locale à l’entreprise globale », le Kremlin s’offrirait des relais d’influence tel que le Front National pour mettre en avant sa politique. Il utiliserait également un service de propagande : l’Internet Research Agency, basée à Saint Pétersbourg, pour propager de fausses informations, des trolls ou théories du complot, afin de manipuler une partie de l’opinion publique et rallier des nations comme la Hongrie, la Serbie et plus récemment l’Italie et la Suède, à sa cause. Aujourd’hui, la guerre de l’information fait partie intégrante des conflits, elle est un enjeu stratégique majeur. Des rapports réalisés par le CAPS ou l’IRSEM, comme celui sur « les manipulations de l’information : un défi pour nos démocraties » le mettent en évidence. 

L’inéluctable déclin de l’occident, théorisé depuis longtemps par Sergei Karaganov, ancien président de nombreux centres de recherches et conseiller de Boris Eltsine ainsi que de Vladimir Poutine, a suggéré à la Russie la nécessité de créer la « Grande Eurasie » et de se rapprocher de la Chine. Les Russes sont entrés dans une guerre existentielle au travers de laquelle ils veulent créer sur leurs frontières occidentales un pont vers une nouvelle Europe, inspiré d’un modèle à leur image davantage conservateur et autoritaire, une Europe qui doit mettre de côté sa décadence et revenir à plus de traditions.

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