Le déclin américain, vers un monde multipolaire
"Jusqu’à récemment, l’Occident – les États-Unis en tête – avait un monopole absolu sur la technologie, les armes de destruction massive, les systèmes monétaires et financiers, l’accès aux ressources naturelles et la communication de masse. Grâce à ce monopole, il a pu contrôler et soumettre des pays, principalement du Sud. Cependant, l’Occident, dont les États-Unis jouent le gendarme, risque aujourd'hui de perdre ce monopole."

« Jusqu’à récemment, l’Occident – les États-Unis en tête – avait un monopole absolu sur la technologie, les armes de destruction massive, les systèmes monétaires et financiers, l’accès aux ressources naturelles et la communication de masse. Grâce à ce monopole, il a pu contrôler et soumettre des pays, principalement du Sud. Cependant, l’Occident, dont les États-Unis jouent le gendarme, risque aujourd’hui de perdre ce monopole. » cet extrait tiré d’un article publié par Investig’action « La crise en Ukraine marque-t-elle le début d’un nouvel ordre mondial ? » annonce un basculement hégémonique, marqué sur la scène internationale par deux tendances majeures : le déclin de la superpuissance américaine au profit de la Chine et la confrontation entre deux blocs, occidental contre pays émergents.

D’un point de vue sociologique, il est vrai qu’au pays de l’oncle Sam, le modèle capitaliste qui a longtemps fait rêvé ne fait plus bonne figure. Aujourd’hui, l’américain moyen continue de lutter contre la pauvreté qui ne cesse de s’étendre, l’inflation et le manque de perspectives. Selon une étude de 2022 du Shift Project gérée par le sociologue Daniel Schneider de l’Université d’Harvard,trois quarts des travailleurs américains sondés ont déclaré qu’il était “très ou assez difficile de joindre les deux bouts” et “environ 20% ont témoigné avoir souffert de la faim parce qu’ils ne pouvaient pas se permettre de manger suffisamment”. La même année, le centre de l’université Columbia sur la pauvreté et la politique sociale, révèle que le taux de pauvreté des enfants aux États-Unis s’élève à 17%, “l’un des plus élevés parmi les pays développés”. Des statistiques qui interpellent, mettant en exergue les difficultés de la première puissance économique du monde à maîtriser la montée de la précarité sociale au sein de ses frontières.

D’un point de vue géopolitique globale, les États-Unis sont également en perte de vitesse. Ils n’arrivent plus à tirer l’avantage du « hard power » qui leur a longtemps été bénéfique à l’étranger. C’est même l’inverse qui se produit puisqu’ils sont en train de se faire détrôner par la Chine et son « soft power » . Cette dernière étend actuellement son influence dans les régions désertées par Washington, notamment dans la zone du Moyen-Orient. Les Chinois exploitent ingénieusement ce retrait par des investissements, des prêts, des échanges de technologies, des programmes de développement censés créer des liens d’égal à égal avec leurs nouveaux partenaires. Par exemple, le Pakistan s’est rapproché de la Chine dans le cadre du développement des nouvelles routes de la soie, au grand dam des Américains. Cette alliance a permis de mettre un terme aux subventions des États-Unis et, par le financement du port de Gwadar, offrira à la Chine un accès privilégié aux ressources gazières et minières de la zone. Aussi, le rapprochement avec l’Iran, sous pression américaine depuis de longues années, s’est traduit par la mise en application, en décembre 2021 d’un accord stratégique de 25 ans. Par ce biais, Téhéran et Pékin en ont profité pour renforcer leur coopération économique et politique déjà existante, assurant à la Chine la main mise sur le pétrole Iranien. S’accaparer l’or noir des Américains est d’ailleurs une des tactiques du Parti Communiste Chinois au pouvoir pour affaiblir leur concurrent direct. Un autre exemple criant sont les accords d’approvisionnement pétrolier conclus avec l’Arabie Saoudite. En effet, en plus d’ajouter un nouveau fournisseur de pétrole de premier ordre à leurs partenaires, l’Empire du Milieu prive par la même occasion les États-Unis d’un allié géostratégique incontournable.

Des fragilités interne et externe qui, rapportées à une étude du FMI datée de mars 2022 intitulée « L’érosion furtive de la domination du dollar » risque de participer à la dédollarisation de l’économie mondiale en cours. Des économistes notent que la part du dollar dans les réserves internationales n’a cessé de chuter depuis le début du siècle, tombant de 72 % à 60 % au profit de l’euro, du yen, un peu du yuan et d’autres devises étrangères. Conscient du déclin financier américain, la Chine et la Russie qui contestent depuis de nombreuses années la suprématie du dollar comme seule monnaie de réserve internationale et comme seule référence dans les échanges commerciaux mondiaux, s’emploient activement à un changement d’hégémonie monétaire. Pour se faire, en plus d’accumuler de l’or afin d’en créer un standard convertible en rouble et en yuan, la Russie et la Chine cherchent à couper les ressources en pétrole des États-Unis. Comme l’expliquait l’ancien trader Anice Lajnef sur les antennes de Sud Radio « ce qui donne de la valeur à la monnaie c’est ce qu’on y met derrière et notamment les matières premières ». À compter de 1971 et dans la continuité des accords de Bretton Woods, le système monétaire international n’a plus adossé le dollar à l’or mais au pétrole saoudien et de l’OPEP. Ainsi, en s’associant récemment avec l’Arabie Saoudite par des accords d’approvisionnement pétrolier libellés en yuan plutôt qu’en dollar, la Chine tente de faire vaciller la puissance des pétrodollars en confisquant le pétrole aux américains. De son côté, la Russie participe à cette offensive en passant des accords avec l’Inde et la Turquie. Elle leur demande d’écouler ses barils en dehors des États-Unis et de l’Europe par des contrats d’approvisionnement là aussi non plus payables en dollar mais en rouble, en roupie ou même en troc. Pour les Russes il est également nécessaire d ‘entamer une modification globale du système actuel, par la diversification des devises. Lors d’un discours prononcé le 16 août 2022 au Forum économique international de Saint-Pétersbourg, Poutine appuyait cette politique monétaire : « dans les années qui viennent nous allons commencer un mécanisme de conversion des monnaies existantes, cela va concerner les produits alimentaires, les matières premières, cela va augmenter encore plus l’inflation du dollar ».

Nous entrons dans une logique où deux blocs s’affrontent, une confrontation ayant en ce moment même pour épicentre la guerre en Ukraine. Le conflit a poussé les pays occidentaux à s’unir pour couper leurs liens financiers et économiques avec la Russie, ce qui selon Larry Fink, patron de BlackRock, le plus grand gérant d’actifs au monde a mis, de facto, fin au processus de mondialisation observé depuis une trentaine d’années. Selon l’organisation qu’il préside cela pourrait conduire à une « fragmentation des échanges mondiaux en blocs géopolitiques distincts ». Il est vrai que l’invasion de l’Ukraine a considérablement consolidé les BRICS, ainsi que les membres de l’ASEAN qui abondent dans le sens de l’envahisseur russe. Depuis le début de la globalisation, ces derniers veulent plus de place dans les instances internationales, dans les décisions géostratégiques mondiales. En effet, ils considèrent que leur position économique et géopolitique n’est pas respectée au sein de l’échiquier mondial. La création, par la Chine et la Russie, en juin 2001, de l’Organisation de Coopération de Shangai, rassemblant les plus grands pays d’Asie et d’Eurasie marque cette opposition. Afin de faire contrepoids à l’OTAN, ces derniers coopèrent désormais autour de sujets tels que la pacification des zones de tensions, le développement des nouvelles routes de la soie dont la modernisation de la route Européenne 40 traversant l’Ukraine par Kiev, ou bien encore, sur les travaux pour une cybersécurité commune afin de se protéger des influences extérieures, notamment américaines. Un monde nouveau s’érige et l’occident n’est plus le seul maître à bord.

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