Faut-il vivre pour manger ou manger pour vivre ?
Cette sentence nous vient dit-on de Socrate, le grand philosophe grec. Reprise par Molière dans l'Avare elle deviendra une diatribe contre la pingrerie et l'avarice des bourgeois.

Dans une vie, on se retrouve en moyenne 55 000 fois devant un bol ou une assiette, donc à chaque fois c’est un rituel immuable. Les uns font le signe de croix, les autres marmonnent une phrase rituélique, d’autres encore se souhaitent bon appétit… L’humain est un animal social qui a besoin de rencontrer ses congénères le plus souvent possible afin de les connaître mieux. L’expression imagée « se mettre les pieds sous la table » illustre bien cette ambiance de confiance, de « communion » autour d’un lieu consacré : la table et le partage.

Dans bien des cultures, la nourriture est liée à l’accueil, le partage et la générosité mais aussi au pouvoir car manger à sa faim signifie qu’on peut anticiper sur l’avenir proche de nos vies. Lorsque celle-ci ne signifie que disette programmée, la vie ne devient que files d’attente devant des magasins vides. D’ailleurs bien des pays s’en sont servis (et s’en servent encore) allègrement afin de maintenir leurs peuples en état de torpeur politique. (J’ai des noms…) Mais passons.

Parlons plutôt de ce qui nous regroupe autour d’une table. Plaisir et joie de partager dans une ambiance sécure, en famille, entre amis.. Au Maroc, lorsqu’on est invité, la première chose à observer discrètement, c’est le nombre de nappes posées en couches successives sur la table. A chaque plat terminé, la nappe est enlevée avec les reliefs. La suivante (parfois il y en a 10 voire plus…) accueillera un nouveau plat… etc. Il faut donc organiser son appétit afin de pouvoir manger de tous les plats sans aucun refus, celui-ci pouvant être perçu comme un outrage. Pouvoir montrer qu’on ne « manque pas » fait partie du statut social. Il est aussi le repas qui se tient pour tout événement de la vie (repas d’affaires, de famille, mariages, baptêmes, banquets d’amicales… et d’autres agapes). Autrefois, les banquets duraient souvent des jours. Les invités venaient de loin alors il ne fallait pas les décevoir. On se saignait aux quatre veines pour faire le maximum et faire bonne figure. Sur le parvis de l’église, les jeunes mariés ne sont-ils pas célébrés à pleines poignées de riz, symbole de fertilité donc de bonheur. C’est aussi pour montrer qu’on n’est pas à ça près.

En ce qui concerne les orgies antiques des romains, Sénèque, philosophe stoïcien du premier siècle tient ainsi des propos particulièrement sévères à l’endroit de ses contemporains : « Ils vomissent pour manger, mangent pour vomir et ne daignent même pas digérer ces festins qui ont mis à contribution la terre entière. » Si le philosophe Epicure (-300) enseignait la tempérance, la frugalité et la mesure en toute chose, aujourd’hui, se prétendre épicurien signifie prendre du plaisir, bon vivant et profiter de la bonne chère. Cette distorsion de l’histoire vient de ce que ses détracteurs prétendaient que son école nommée « le jardin » était un lieu de débauche. En fait, son menu quotidien se limitait à un peu de pain, du fromage , quelques légumes et des olives. Cette frugalité dont la morale tirée de la tempérance doit nous enseigner la pondération face à l’excès. L’excès. Voilà bien un mot en relation avec notre culture de croissance exponentielle… toujours plus, encore plus… c’est ce que la nourriture est devenue aujourd’hui. Manger toujours plus, encore plus… De la viande à chaque repas, manger des plats préparés ultra transformés gorgés de sucres, de colorants, d ‘émulsifiants, gélifiants, épaississants et stabilisants, conservateurs, édulcorants…

Manger ou plutôt gloutonner devant la télévision, manger vite parce qu’on n’a pas le temps et qu’on fait la queue (les enfants au self du lycée), manger médiocre pour des raisons de coût (Ehpad, Hôpitaux…). La nourriture est incontestablement le symbole de la vie terrestre. Nos vies de consommateurs, depuis le années 50, ont évolué à une vitesse folle, nous transformant de simples flexitariens (moins de viande) en carnivores de la démesure. Et plus il y aura d’offre, plus nous tomberons dans la consommation excessive.

Alors oui, je pense qu’il faut manger pour vivre… d’abord ensemble pour partager, inviter, prendre du plaisir. D’ailleurs si je suis invité, je suis l’hôte mais je suis pourtant reçu par un hôte ou une hôtesse. Cette polysémie désigne bien la dualité dans le plaisir de manger dans l’échange et le partage.

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